Tendances du marché Oil and Gas

 

2015, le secteur Oil and Gas en pleine nébuleuse

Le 5 janvier 2015 : le prix du baril est descendu sous le seuil fatidique des 50 $. Cette chute inédite depuis 2009 met fin à 5 années fastes pour les exploitants d’hydrocarbures. En 2013, le cours du Brent avoisinait les 100 à 120 $/b. Ce contre-choc est la résultante d’une guerre des prix sans merci entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite et d’une actualité géopolitique mouvementée auquel le secteur Oil & Gas a toujours été sensible. Dans ce contexte incertain, les pétroliers et parapétroliers vont devoir redéfinir leurs stratégies.

Un marché pétrolier en surabondance

Cette chute actuelle du cours pétrolier est mécanique : l’offre mondiale en explosion depuis 2013 excède la consommation du brut en léger recul (à 93,3 Mb/j, soit 230 000 barils / jour en moins d’après l’IFP). Les capacités de stockage seront prochainement saturées.
On doit cette surproduction à la hausse de l’offre « non-OPEP », avec au premier rang, le gaz de schiste américain (+1 Mb/j en 2013, en 2014, et une production de 9,5 Mb/j attendue en 2015). Les records de production en Irak et en Russie ainsi que la montée des biocarburants sont des facteurs aggravants de la surabondance que traverse le secteur.

L’instabilité politique des pays de l’OPEP, baromètre de la santé économique du pétrole, n’y est pas étrangère. Embargo sur l’Iran, armes chimiques en Syrie ou destitution présidentielle en Egypte, les événements 2013 ont fait grimper le prix du baril.
Pour s’en affranchir, les Etats-Unis ont lancé à tout va la production de gaz de schiste sur leur sol. Ils ont ainsi réduit leurs importations de 60% en 2005 à 33% en 2013 (22% en 2015 sur estimation de l’AIE) - au point même d’exporter leurs hydrocarbures, fait inédit depuis 1973.
Les pays membres de l’OPEP auraient dû alors réduire leur production pour maintenir un prix fort du baril. Cela n’a pas été la stratégie choisie par l’Arabie Saoudite. Pour concurrencer le schiste américain, le premier producteur mondial a décidé de « casser les prix » en augmentant sa production, entraînant la chute du cours. Suite au décès du roi saoudien Abdallah le 23 janvier, le marché mondial est suspendu aux décisions de la succession saoudienne.

Pour l’heure, les pays démesurément tributaires des ressources pétrolières entrent en récession, faute d’avoir su diversifier leurs sources de revenus. L’effet se fait déjà sentir au Venezuela et en Afrique subsaharienne. Bien sûr, le secteur industriel Oil & Gas est lui aussi affecté.

Enjeux et défis technologiques pour les industries Oil & Gas

2015 démarre donc avec des tendances du marché contrariées. L’ouverture du marché iranien, un temps espérée, est désormais compromise. Elle représentait pourtant 100 milliards d’investissements annoncés par l’Iran pour augmenter sa production (source IFP). C’est un levier de moins pour les pétroliers et gaziers internationaux.

Pour compenser la raréfaction des réserves pétrolières et les aléas géopolitiques de l’OPEP, les industries pétrolières et gazières misent depuis quelques années sur l’innovation : explorer de nouveaux gisements d’hydrocarbures jusqu’en Arctique ou optimiser l’exploitation en eau profonde font désormais partie de leurs prérogatives industrielles. Ces solutions d’extraction sont néanmoins complexes et coûteuses. L’Oil & Gas draine ainsi des investissements colossaux en R&D et dans l’installation de nouvelles plateformes offshore, confiés à tout un tissu de sous-traitants parapétroliers. On recensait début 2014 près de 448 projets dans les eaux du monde entier.

Si les majors maintiendront probablement leurs exploitations en cours en 2015, le baril bon marché et la surproduction vont suspendre la recherche de nouveaux champs, comme Total qui gèle ses investissements en Afrique. Pour l’industrie parapétrolière, cette baisse d’activité est un manque à gagner important : des plans sociaux risquent d’avoir lieu, à l’image de Schlumberger qui a annoncé le 15 janvier dernier la réduction de 7,5 % de ses effectifs (9000 emplois).

Quid de l’activité gazière, prochain défi technologique ?

A long terme, il faut nuancer ce tableau noirci par l’actualité pétrolière. Les besoins en hydrocarbures continueront à augmenter. La croissance de la population et le phénomène d’urbanisation qui l’accompagne, la motorisation de l’Asie, et les futurs investissements dans l’exploration et l’exploitation confortent cette tendance.

Par ailleurs, le marché du gaz est stable. Notons les investissements de Total en mer du Nord depuis quelques années.
Parmi les défis du secteur, l’exploitation des gisements de gaz de schiste est à l’étude. En effet, les réserves énormes pourraient relayer le pétrole bientôt épuisé. Restent deux limites majeures à ce jour : les méthodes d’extraction du gaz de la roche-mère sont encore coûteuses et polluantes. Ce risque pour l’Environnement est une problématique déontologique cruciale pour l’industrie Oil & Gas.

Ainsi, en ce début 2015, les turbulences du marché pétrolier laissent place à plusieurs scénarios. Les conclusions à moyen terme sont incertaines, mais dores et déjà, le ralentissement des investissements annonce une année difficile pour les industries de l’Oil & Gas. Néanmoins, une reprise du cours du pétrole est envisagée en 2016. A long terme, les besoins énergétiques continuant de croître, le secteur devra trouver les solutions innovantes et sécurisées pour l’environnement : un défi passionnant pour les métiers d’ingénierie de l’Oil and Gas.

Sources : IFP, AEI
Presse : AFP, Les échos, Le Monde, Libération